Le Figaro : « Georges Mathieu entame sa renaissance »

Dans son édition du 24 septembre, Le Figaro a consacré une pleine page à un article de Béatrice de Rochebouët : “Georges Mathieu entame sa renaissance”.

Mondialement célébré entre les années 1950 et 1970, ce géant de l’abstraction lyrique a ensuite connu un long purgatoire jusqu’à sa mort. Il prend sa revanche sur le marché de l’art.

Est-ce le début d’une renaissance pour Georges Mathieu, star française des années 1950-1960 internationalement reconnue et pourtant sous-cotée ? Tout porte à le croire. Ce n’est pas un hasard si le galeriste parisien Daniel Templon organise la première exposition personnelle de ce fondateur de l’abstraction lyrique. Celui-ci a eu un rôle déterminant sur la scène artistique française, alors dominée par l’abstraction géométrique, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. […]

Fin 1965, la découverte des Capétiens partout !, accroché dans le grand escalier du Musée national d’art moderne, fut pour Daniel Templon un “véritable choc visuel qui a fait naître (sa) passion pour la peinture” explique-t-il. Devant l’immense toile de 2,5 m × 4 m trônant sur les murs de sa galerie de la rue Beaubourg, L’Écartèlement de François Ravaillac, assassin du roi de France Henri IV, le 27 mai 1610, à Paris en place de Grève (1960) 1reproduit en tête d’article, il a l’intime conviction que Mathieu est “un immense peintre que le marché n’a pas encore apprécié à sa juste valeur”.

“Un rattrapage logique”

“À côté de Jackson Pollock, Franz Kline, Pierre Soulages ou Zao Wou Ki, dont les toiles s’échangent à des dizaines de millions de dollars, il tient largement la comparaison, observe-t-il. C’est un signe si dans son livre Art et culture, en 1959, le critique américain Clement Greenberg a dit que c’était le plus grand peintre européen, en voyant ses œuvres à la Kootz Gallery à New York. […]

Il y aura un rattrapage logique. Et cette exposition devrait y contribuer.”

Après une ascension fulgurante entre les années 1950 et 1970, Georges Mathieu, qui a été entre les mains des plus grands marchands (de Stadler à Drouin en passant par Facchetti) et a connu la consécration grâce à sa rétrospective en 1963 au Musée d’art moderne de la Ville de Paris puis à la publication de son ouvrage Au-delà du tachisme, a subi un long purgatoire jusqu’à son décès, en 2012. Aujourd’hui, la tendance semble s’inverser. […]

En privé, Mathieu a franchi la barre des 2 millions d’euros. “C’est un marqueur très positif pour sa cote, je sens un frémissement de plus en plus tangible”, explique le marchand parisien Franck Prazan, qui le défend sur le second marché, avec des œuvres historiques allant de 1940 à 1960.

Pour la première fois de son histoire, l’artiste a fait son entrée en force à la foire d’Art Basel, à Art Unlimited, cette gigantesque manifestation d’art moderne et contemporain jusque-là réservée aux installations, sculptures monumentales, performances et vidéos d’artistes. On n’y aurait jamais imaginé une peinture de Georges Mathieu, certes d’un format géant de 2,5 m × 6 m. “Il y a cinq ans, mon dossier aurait été recalé, explique Franck Prazan. Je savais que le pari était risqué mais j’ai vu juste au regard de certains art advisors qui regardaient jusque-là l’artiste avec condescendance.”

L’intérêt de l’Asie

“On assiste à une relecture de cet artiste devenu peintre à temps complet à partir de 1963 et qui a lui-même codifié et mis en pratique l’abstraction lyrique. C’est non seulement un grand peintre mais aussi un peintre qui a marqué l’histoire de la peinture. Après lui, celle-ci ne sera plus jamais la même”, explique ce marchand qui exposera une Limbe de 1947, huile sur toile de 96 cm × 96 cm, dans un accrochage consacré à Michel Tapié, à la prochaine Fiac, en octobre, au Grand Palais. […]

L’Asie commence à s’y intéresser. Après Zao Wou Ki, qui a battu des records chez Christie’s à Hongkong, pourquoi pas Mathieu ? Il n’y a pas de raisons pour que l’artiste n’atteigne, ou ne dépasse, de Staël, Soulages ou Riopelle. “Le renouveau viendra de ce continent, confirme Olivier Fau, du département d’art contemporain chez Sotheby’s, à Paris. Quand nous l’avons proposé pour la première fois aux enchères à Hongkong, il y a environ sept ans, le succès a été immédiat.” Désormais, il n’y a pas une vente sans un Mathieu. Il a même fait une percée à Shanghaï. Le 1er octobre, une toile tardive datée de 1989, Souffle amer (97 cm × 130 cm), est proposée entre 78.000 et 167.000 euros. Il ne lui manque qu’une rétrospective dans un musée comme le Centre Pompidou.

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Références   [ + ]

1. reproduit en tête d’article